• Alex Bellemare

Comment se déplacer dans une toilette sans se fatiguer

Mis à jour : 26 sept. 2018

Prendre le bus des bécosses (scusez-la)




Tous les moyens de transport ne s’équivalent pas : certains sont rapides mais chers, d’autres lents et abordables. Dans Oss d’Audrée Wilhelmy, oubliez l’avion, la voiture ou, pire, la motocyclette : les déplacements se font à l’aide de toilettes, c’est-à-dire des petites maisons individuelles transformées, qui voguent au large du monde.


Voici comment est décrit ce moyen de locomotion pour le moins inusité, qui se situe, pour parler comme les architectes, entre la fonction esthétique (une création originale) et l'aspect purement utilitaire (une toilette) :


« C’est quelqu’un du village de Frimas — tu sais, dans le Nord — qui construit des maisons pas plus larges qu’un homme. On raconte qu’il en fabrique une pour chaque silhouette rencontrée, la peint en bleu, puis taille une drôle de fenêtre dans une forme qui fait penser à celui pour qui la cabane est construite. Comme il ne savait plus trop quoi en faire, il s’est mis à transformer ces cabanes en bécosses et à les louer. Apparemment que le bonhomme, il continue toujours d’en fabriquer. Les chantiers, les promoteurs, les cirques ambulants, tous n’utilisent que ces toilettes-là. Il y avait avant un réseau de bohémiens qui en avait fait une espèce d’entreprise de déplacement. On payait quelques sous, on s’installait dans sa bécosse et on atteignait l’endroit de son choix pour presque rien. Suffisait d’être patient. »

Presque gratuite, mais fortement odorante, cette façon de se déplacer n’a assurément pas le chic de la première classe, mais l’avantage, en quelque sorte, de l’intimité.


Cabane (à oiseau) La Bécosse, Bélanger & Martin(s).

Il est intéressant de constater que la micro-maison se dégrade en bécosse une fois l’euphorie de la création passée. La fonction qui lui est associée se modifie au gré du temps, malgré un espace qui, à l’inverse, reste le même. Les toilettes fabriquées sur mesure sont par ailleurs uniques, en cela qu’elles ont chacune une fenêtre sculptée dans la forme d’une personne différente, des inconnus rencontrés au gré du hasard. Ainsi, on ne voyage jamais tout à fait seul, mais accompagné d’une silhouette errante, qui veille sur le bon déroulement des choses.


SOURCE : Audrée Wilhelmy, Oss, Montréal, Leméac, 2011, p. 54.

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